Danish Girl

Lasse de rater la moitié des films projetés sur grand écran et qui me font grand envie, et de se voir répéter l’histoire (je repense avec amertume et pour la énième fois à Mr Nobody, et plus récemment à The Lobster ainsi que Les jardins du roi -entre autres- que j’ai raté…), j’ai décommandé mon repas de ce midi entre amis (mauvaise copine que voilà), pour me précipiter seule à la séance de midi de Danish Girl.

Adapté du roman éponyme de David Ebershoff, le film retrace la vie d’Einar Wegener et de son épouse Gerda Wegener, tous deux peintres danois dans les années 1930. Einar fut la première personne à connaître des opérations chirurgicales de réattribution sexuelle, faisant de lui une femme à part entière.

Eddie Redmayne m’a définitivement conquise grâce à ce rôle interprété avec brio. Il est devenu son personnage Einar Wegener, tout comme Einar est devenue Lili, dans son entiéreté. Il joue un homme heureux en ménage et dans sa vie professionnelle, pour qui un simple jeu, celui de se grimer en femme et de pousser l’amusement jusqu’à se montrer en public ainsi, va se révéler être ce qu’il est vraiment. C’est un changement, un bouleversement mental, et même physique, que l’on suit peu à peu, à chaque étape avec Einar. Perdu quant à ce qu’il est, quant à qui il est, tourmenté, et blessé, son seul soutien se trouve être sa femme Gerda, l’amour de sa vie. Alicia Vikander, elle aussi très convaincante, permet à ce couple de former plus que cela. C’est une union, un duo inséparable, fusionnel ; il y a  une force commune qui les habite tous les deux et ce seulement, parce qu’ils sont  justement ensemble.

Leur vie entière vole en éclat et bien qu’ils doivent prendre des chemins différents et voir leur destin se séparer en quelque sorte, car Einar disparaît peu à peu, jusqu’à ne plus se montrer du tout, ils font le choix de rester ensemble. Gerda est une femme d’une force incroyable. Elle est le socle d’Einar, ce qui lui permet de tenir. Elle se révèle être d’une grande compréhension, un soutien permanent, malgré le fait qu’elle saisisse pas tout des agissements et du comportement de son mari.

J’ai retrouvé Ben Whishaw et Matthias Schoenaerts, que j’apprécie tous deux grandement, incarnant chacun un second rôle essentiel et crucial pour Einar dans sa conversion en Lili. Deux soutiens, deux amis qui ne paraissent pas immédiatement comme tels mais qui se révèlent l’être au fil du déroulement de l’histoire.

J’écris pour vous cette critique, cet avis, encore toute hébétée et bouleversée. Danish Girl est une découverte pour moi. J’y ai tout appris de la vie et du cheminement d’Einar Wegener devenu Lili Elbe. La prochaine étape sera très certainement pour moi, la lecture du roman d’Ebershoff, ou mieux encore, celle du journal tenu par Lili, et qui a été publié.

Danish Girl commet un sans faute, tant par la beauté de ses paysages, de ses costumes et de ses décors, que par le jeu des acteurs en symbiose avec la destinée de Lili Elbe. C’est l’histoire vraie d’une quête de soi, d’une lutte et d’une remarquable histoire d’amour. Ce film est un coup de cœur, qui sera par la suite, j’en suis sûre, mémorable. Alors… je vous en conjure, courez vite à la prochaine séance de Danish Girl dans le cinéma le plus proche de chez vous, oubliez toutes les mauvaises critiques sur le jeu d’acteur de Redmayne, oubliez la cérémonie des Oscar, et foncez ! Vous ne le regretterez pas !

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The Danish Girl de Tom Hooper (2015, américano-britannique-allemand)
Casting : Eddie Redmayne, Alicia Vikander, Ben Whishaw, Matthias Schoenaerts
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Un homme accidentel

Lire un livre, c’est un acte que l’on fait – bien souvent – seul. C’est un plaisir égoïste et solitaire. Évidemment, il nous arrive d’en parler, mais après coup, une fois le livre posé, la lecture achevée.
On noue avec son livre un lien intime. Et plus le récit nous touche, son auteur, son narrateur, ses personnages également, plus ce caractère, cette idée d’intimité se renforce.

Voici l’histoire d’un homme simple, policier de profession, mari aimant et futur père, que nous livre Philippe Besson, dans une écriture simple, sans gêne, sans pudeur, sans tabou. Simple mais pas anodine ; il emprunte les bons mots, ceux qui touchent, qui bouleversent, qui meurtrissent.
Un homme ordinaire, comme je vous le disais, mais qui vit l’extraordinaire : un coup de foudre. Avec un homme.

Ma lecture de ce livre fut cruellement intime. Je me suis sentie comme une lectrice privilégiée. Pourquoi ? Nombreux sont celles et ceux qui ont lu ce livre, alors pourquoi privilégiée ? Sûrement parce que j’ai suivi les deux amants au plus près dans leur échappée belle, dans leur découverte d’un amour intense, pur, passionnel, dans la beauté du drame qui se jouait. Je suis le témoin intime d’une histoire qui, à sa fin, embrume l’esprit, serre le coeur, fait se bloquer les sanglots dans la gorge.
Je pars à la quête d’une nouvelle lecture qui saura égalée celle-ci, peu confiante, sûre d’être encore longtemps hantée par la rencontre de cet homme accidentel et de ce qui s’en est suivi.

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Un homme accidentel, de Philippe Besson.
Paru en 2007.
Edition Julliard, 19€ et 10/18, 7,50€.

Journée poubelle pour Gaëlle

C’est enfant que j’ai forgé peu à peu mon goût pour la lecture, et la collection J’aime Lire m’y a fortement aidé – comme pour beaucoup d’autres enfants de mon époque je suppose. Il y avait un titre que j’affectionnais particulièrement : « Journée poubelle pour Gaëlle ». Pourquoi celui-ci ? Tout simplement parce que l’héroïne se nomme comme moi, et que c’est elle le narrateur. de quoi me plonger pleinement dans l’histoire. C’est donc une journée à jeter à la poubelle pour cette fillette, chipie sur les bords, et ce pour trois raisons : aujourd’hui c’est l’école et il y aura piscine, calcul et ce fameux Gaëtan qui l’embête tant. Trois points qui me ramènent une fois de plus à ma petite personne. Cette Gaëlle me ressemblait tant !
L’histoire est courte et simplement écrite comme toutes celles de la collection, et les dessins me plaisaient réellement étant enfant (aujourd’hui encore). Voici une critique peu constructive, mais je me devais de partager mon ressenti sur l’un de ces livres qui a bercé mon enfance. Et je sais bien que l’on en a tous, au moins un. Quels sont les vôtres ?

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 Journée poubelle pour Gaëlle, de Jo Hoestlandt et Frédéric Joos.
Collection J’aime Lire – Édition Bayard, 4,20€.

Mon grand bloc de dessins et de coloriages

C’est un cahier d’activités riche et varié que voici. Chacune page a son univers, son thème et son style, ainsi que sa consigne. L’enfant doit dessiner, colorier, inventer, imaginer, compléter selon ses propres envies et inspirations. L’énorme plus c’est son côté réellement pratique et fonctionnel. Le format (très grand), l’ouverture vers le haut (aucune pliure génante au centre), les 32 pages (une page par jour et quelques minutes de tranquillité pour les parents!) détachables (selon ses préférences) et épaisses (convient aux feutres) ; tout a été pensé pour que l’enfant soit à l’aise avec son cahier et puisse s’appliquer à chaque page. C’est pour toutes ces raisons que je parle de « cahier d’acitivités » (ce qui est intéressant en cette saison !). Je remercie Babelio et son opération Masse Critique ainsi que les éditions Usborne. Ce grand bloc de dessins et de coloriages fera sans aucun doute plaisir à l’enfant auquel je l’offrirai !

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Mon grand bloc de dessins et de coloriages, Éditions Usborne.
Dès 6 ans – 7,95€.

Corée du Nord – 9 ans pour fuir l’Enfer

Décembre 1997. Kim Eun-sun attend seule et affamée, le retour de sa mère et de sa sœur. Affaiblie, anéantie, elle rédige son testament. Elle a onze ans.

Après une enfance heureuse au sein de sa famille et de sa patrie qu’est la Corée du Nord, Eun-sun voit contre toute attente, sa vie basculer. La famine décime le pays et emporte ses grand-parents et son père. Bientôt la misère et la honte font partie de son quotidien. Elle quitte l’école pour travailler auprès de sa grande sœur et de sa mère. Toutes les trois ont vendu leurs meubles, et vivent dans le noir et le froid, dormant à même le sol fait de béton.
Une grande décision est prise : il faut quitter le pays. Eun-sun et sa famille ne se doutent alors absolument pas de ce qui les attendent. Il leur faudra 9 ans pour quitter cette terre, leur patrie, qui est devenue pour elles un Enfer. Durant ces longues années faites d’épreuves, de craintes et de misère, elles traverseront la Chine et la Mongolie, la campagne profonde et le désert de Gobi, en tant que clandestines, sans-abris et même esclaves. Leur fuite est un acte désespéré de survie, et non un choix de rébellion, pourtant elles seront traitées comme des criminelles envers leur patrie. Revenir en Corée du Nord, c’est mourir.

Eun-sun livre un témoignage poignant et très digne, espérant à travers ces lignes alerter l’opinion publique et le monde entier sur la souffrance d’un peuple –son peuple- tout entier, coupé du monde et qui est la première victime de cet abominable dictature.

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Corée du Nord – 9 ans pour fuir l’Enfer, d’Eun-sun Kim et Sébastien Falletti.
Traduction Park Soo-jin, Park Eun-ji et Lim Ji-won – 2012.
Editions Michel Lafon, 17,95€.

Dans le temple

Dans le temple raconte très simplement la visite d’un petit garçon et de sa mère à Bouddha au temple de Seokguram. Tous les deux sont venus prier et demander le retour du père, parti combattre les pirates japonais. On suit l’enfant dans sa progression au sein du lieu sacré, on découvre avec lui les visages et les fonctions des Rois du Ciel, des Vajrapani, et des Dieux Gardiens. C’est un petit apprentissage, une leçon de vie que l’on partage avec ce garçon, à travers sa crainte du noir et sa méfiance mêlée de fascination pour ces statues mythiques. Les magnifiques illustrations faites à l’encre de Chine et au fusain représentent parfaitement ce jeu d’ombre et de lumière.

Dans le temple est un très bel album qui rend un humble hommage aux bâtisseurs de ce temple érigé au sein d’une grotte durant le VIIIe siècle. Cette prouesse d’architecture est documentée et détaillée dans les deux dernières pages à l’aide de photographie et schéma, véritable petit plus du livre. Mais cet album jeunesse est avant tout un petit bijou qui permet d’initier tout en douceur les plus petits, ou de leur expliquer simplement, la philosophie bouddhiste.

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Dans le temple, de Kim Mi-hye et Choi Mi-ran.
Traduit par Lim Yeong-hee et Françoise Nagel – 2011.
Philippe Picquier, 13€.

No et moi

 Du papier…

No et moi, c’est la rencontre de deux êtres. J’aurai pu vous dire de deux enfants, puisque l’une a à peine 13 ans et l’autre 18. Et pourtant ce n’est pas ce que l’on ressent en écoutant Lou évoquer sa vie et celle de son amie. Parce que toutes les deux ont grandi bien trop vite, et en gardent des fêlures et des souffrances muettes.

Lou, surdouée, porte un regard d’une extrême lucidité sur le monde. Elle aime à comprendre et à apprendre, à faire des expériences, à découper des mots pour les coller dans son cahier afin de les mémoriser. Elle cogite sans cesse et c’est difficile à vivre. C’est difficile aussi d’avoir sauté deux classes et de ne pas être comme les autres filles. S’ajoute à cela une vie de famille des plus chaotiques, avec une maman qui est enfermée depuis des mois dans l’appartement et un papa qui pleure parfois le soir dans la salle de bain. Le silence est maître au sein du foyer, et les tire jour après jour dans une douleur plus profonde et inextricable.

No, enfant de la rue, a appris à se méfier d’autrui, à faire face aux regards, et à garder la tête haute, à rester forte tout simplement, mais en étant pourtant si fragile. Elle, n’a pas de famille ; elle ne connaît que la rue depuis plusieurs mois, les plans pour ne pas dormir dehors l’espace de deux nuits, les soupes populaires quand elle a eu la chance d’avoir un ticket, et les horaires contraignantes des foyers. Si jeune et déjà si abîmée, si écorchée par cette vie de misère, cette vie sans espoir et sans avenir.

Rien ne les prédestinait à se rencodelphine-de-vigan-no-et-mointrer, mais Lou aime à errer à la gare après les cours, pour voir les gens se quitter et se retrouver, pour être comme spectatrice d’émotions pures. C’est là qu’apparaît No. Une jeune fille sale et qui a du mordant. Cela aurait pu s’arrêter là, mais il se trouve que Lou a un exposé à faire pour l’école. Elle aimerait interviewé No, enfin savoir comment elle en est arrivée là, recueillir son témoignage. Ce n’est pas gagné mais la SDF accepte finalement. Elles se retrouvent alors, après les cours, dans un café pour discuter. Mais le jour de l’exposé approche et No est entrée dans le cœur de Lou. Elle aimerait pouvoir continuer à la voir. Elle aimerait pouvoir l’aider.

Ce livre nous prouve de manière magistral combien la jeunesse n’est pas que naïveté et bêtise. Notre héroïne, cette si petite chose, autant par sa taille que par son âge, est frappée de plein fouet par cette injustice : elle a un foyer, une famille, un toit, mais d’autres n’en ont pas ; on se facilite la vie avec des avancées technologiques futiles alors que pendant ce temps des gens meurent dans la rue.

Delphine de Vigan nous donne une claque cuisante en nous rappelant à l’essentiel. Avec un décor banal, elle nous plonge dans un quotidien, notre quotidien, mais en y portant un tout autre regard. Les personnages sont poignants, les sentiments et les liens sont forts. On se laisse porter par l’écriture fluide de l’auteure et par les pensées de Lou qui fusent encore et toujours. C’est un roman emprunt de poésie et d’espoir. On ne peut être que toucher par la quête qu’entreprend Lou pour apprivoiser et sauver No. J’ai été, en tout cas, touchée et c’est un véritable coup de cœur. 

No et moi, de Delphine de Vigan.
Paru en 2007.
Le Livre de Poche, 6,30€.

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 À l’écran ! 

À venir…

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 No et moi, de Zabou Breitman (2010, France)
Casting : Nina Rodriguez, Julie-Marie Parmentier,
Antonin Chalon, Bernard Campan, Zabou Breitman.

The Barberettes

The Barberettes, qu’est-ce que c’est ? Difficile à définir calmement pour moi… puisqu’à mes yeux c’est un parfait mélange inattendu de mon amour pour la Corée du Sud et ma passion pour l’esprit rétro et vintage, ce goût des vieilles choses et des siècles passés. Un trio féminin dans lequel chacune a sa place avec sa personnalité propre, sa fraîcheur et son grain de voix. Vous l’aurez compris, c’est un nouveau coup de cœur musical !

Les trois membres, Shinae An Wheeler, Grace Kim et Sohee Park, se définissent elles-mêmes comme des voyageuses temporelles, fans de « vieux trucs » et de rouge à lèvres. Ce groupe très korean retro se décrit comme une bande de Doo-wop avec une pointe de musique traditionnelle coréenne. ( « It is Korean Doo-wop done in 21st century. » ). Ce sont de belles jeunes femmes, ce qui ne gâche rien, avec ce look et cette attitude si adorable.

Bien que formé il y a de cela déjà 3 ans, le groupe n’a sorti que courant 2014 son premier album, The Barberettes Volume.1, un mini-album à l’occasion de Noël dernier The Barberettes Carol : Hun Hun Christmas, ainsi qu’un single dernièrement Be my Baby.

Ça swing, ça blues, ça fait traverser le temps. C’est authentique. Et pour cause, l’enregistrement de leurs chansons se sont faites de manière old-school, c’est-à-dire d’une traite. Les musiciens ont du talent et savent retrouver les codes musicaux de l’époque. En plus de leurs propres chansons, The Barberettes réinterprétent de grandes chansons américaines et coréennes (voir la liste plus bas).

Je leur souhaite un beau succès en Corée du Sud comme pour l’international ; elles sauront toucher un large public, j’en suis certaine. Je me sens prête personnellement à les suivre ces prochains mois, voire plus loin et plus longtemps encore. Pour le moment je me passe leur album en boucle, voyageant entre Amérique et Corée du Sud des années 50-60, ne me remettant pas de ce coup de foudre.

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Discographie
2015 – Be My Baby (Single)
2014 – The Barberettes Carol : Hun Hun Christmas (Mini-album)
2014 – The Barberettes Volume.1 (Album)
Leur clip :
Little Gals
Leurs covers
봄맞이 (The Kim Sisters) / Barbara Ann (The Beach Boys) / Be My Baby (The Ronettes) /
Boogie Woogie Bugle Boy (The Andrews Sisters)I Am Seventeen / Mr. Sandman / 
Rum And Coca-Cola (The Andrews Sisters) / Satin Doll / Sleigh Ride

La source du diable

L’histoire prend naissance dans un autorail. On y rencontre notre « héros », Marc Maugrain, muni de son sac à dos et déterminé à conquérir la montagne enneigée. Malheureusement le train se retrouve bloqué par les congères. Ce n’est pas tant un problème, le voyageur peut continuer à pieds. S’aventurant, sans aucun repère, dans cet endroit inconnu, il finit par dénicher une ferme qui semble à l’abandon. Après s’être introduit dans la bâtisse afin de se reposer et de retrouver un instant la paix, loin du monde, Marc décide finalement d’y rester quelque temps. Peu à peu il se familiarise avec les lieux et se met à fouiller, à fouiner, à s’accaparer les affaires personnelles et la vie de cette femme, Clémence, la propriétaire de la ferme, absente pour l’hiver. C’est sur ces faits que se base la première partie du roman, se mêlant à cela les souvenirs du personnage : son enfance, son père et le pensionnat, son premier amour et la guerre d’Algérie, la clinique et les psychiatres. Tout s’éclaire : Marc fuit quelque chose, quelqu’un. Il se fuit lui-même aussi.

Très vite, on comprend que le héros d’André Gardies n’en est pas un. Il est hanté par des souvenirs de guerre, obsédé par les femmes (par le grain de beauté sur la joue de son premier amour, Cécile, et le « fantôme » de Clémence, cette femme qu’il n’a jamais rencontré mais qu’il aspire tant à connaître, qu’il finit par croire qu’il connait). Son obsession est telle qu’il prend la décision incongrue de revenir quinze années plus tard dans cette même ferme, dans la montagne, avec l’espoir et le projet fous de (re)trouver Clémence.

Les pages se tournent, les évènements se succèdent dans cette seconde partie sous forme de huis-clos, et l’on se sent comme confiné dans une atmosphère malsaine qui se dégage de notre anti-héros. Celui-ci se sait être un homme bon, qui malgré tout est poussé parfois à faire de mauvaises choses, à commettre des gestes violents. Il le regrette car ce n’est pas lui, ce n’est pas sa volonté. Là où l’on croit déceler un être instable et dangereux, un sociopathe, un pervers narcissique manipulateur, ou autre ; Marc se croit de plus en plus quant à lui, gouverné par des forces mystiques, dirigé dans ses choix et ses actes par une déesse africaine.

Si le roman commence avec des descriptions faites de phrases aux tournures surprenantes, on s’y habitue au fil de la lecture. La non-distinction entre le récit et la lecture d’un journal intime, celui de Clémence en l’occurrence, est en revanche regrettable. On se perd parfois entre les deux et on ne sait plus qui parle, qui est le « je ». Ce n’est pas le seul bémol que j’ai trouvé à ce livre, malheureusement. Pour tout dire, je ne comprends ni le choix du tire ni celle de la couverture. Elles ne collent pas, et surtout elles ne reflètent pas l’essence même du contenu. Pareil pour le résumé qui ne mène absolument pas sur la bonne voie, qui n’est pas fidèle au récit. On s’attend à tout autre chose ; je m’attendais à tout autre chose, et cela m’a fortement déstabilisé.

Après avoir refermé ce livre, je ne parviens toujours pas à savoir si il m’a plu. L’auteur maîtrise sans nul doute l’écriture et a son propre style, mais son personnage trouble, obsessionnel et malsain n’a rien d’attachant. Je tiens cependant à remercier, le site Babelio dans le cadre d’une Masse Critique, ainsi que TDO Éditions pour cette découverte et l’envoi de ce livre.

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La source du diable, d’André Gardies.
Paru en 2014 pour cette présente version,
et en 2011 sous le titre Le train sous la neige aux éditions La Mouette.
TDO Éditions, 16€.

I Miss You

 

Lee Soo-yeon, lycéenne de 15 ans, mène une vie compliquée. Son père, un homme qui bat régulièrement sa femme et sa fille, se voit être arrêté puis condamné à mort pour meurtres. Si dans un premier temps c’est un soulagement et une libération pour Soo-yeon et sa mère que d’être débarrasser de ce parent violent, cela devient rapidement un fléau pour elles. Bientôt Soo-yeon est dépossédée de son prénom pour être appeler par tous les jeunes de son lycée « la fille du meurtrier ». S’ajoute à cela les familles des victimes qui les harcèlent, elle et sa pauvre mère, frappant à la porte de leur maison, les insultant et les accablant de questions ? Pourquoi leur enfant et pas le sien ? Pourquoi Soo-yeon n’est-elle pas morte à leurs places ?

C’est renfermée sur elle-même, attristée et meurtrie que Soo-yeon fait la rencontre de Han Jung-woo, un jeune garçon de son âge qui débarque des États-Unis où il a étudié quelques temps. Jung-woo ignore totalement le passé de Soo-yeon et l’apprécie à sa juste valeur. Bien vite ils tissent une amitié forte et exclusive, dépassant ensemble le regard et les paroles blessantes d’autrui.

Malheureusement le destin en a décidé autrement. Le titre est évocateur et laisse présager une séparation brutale, une distance entre nos personnages ; et c’est exactement ce que vivent nos deux héros. I miss you est un drama poignant abordant des sujets difficiles, tels que la perte d’un être proche, l’abandon et la fuite, mais aussi la haine et le désir de vengeance, le manque et le pardon.

Au-delà de cette amitié mise à rude épreuve, on a droit à une enquête policière et à des secrets de famille. Le tout est mêlé avec brio en un lien étroit et pourtant si compliqué à déceler pour nos deux protagonistes. Soo-yeon et Jung-woo voient leurs vies basculer et leurs passés les hanter, éprouvant chacun de leur côté des regrets et des remords, des sentiments et des émotions confuses qui finissent par gagner le spectateur. Ce drama est un bel exemple de la complexité des sentiments humains et des relations humaines.

Malgré un excellent casting (j’apprécie énormément le jeu d’acteur de Yoon Eun-hye, Park Yoo-chun et Yoo Seung-ho), une belle histoire d’amour, d’amitié et d’humanité, la faiblesse du drama vient du scénario en lui-même. Il s’agit plus d’un mélodrame que d’un drame et on le ressent rapidement, tant les personnages sont larmoyants. Il est toujours intéressant de voir les héros se livrer, lâcher prise et fondre en larmes face aux difficiles épreuves qu’ils doivent affronter, mais les voir pleurer plusieurs fois à chaque épisode, cela en devient lourd et on n’est moins réceptif à cette sensibilité recherchée. La deuxième erreur, selon moi, est la longueur. Il y a comme un passage à vide vers le milieu du drama ; il aurait été plus judicieux de faire moins d’épisodes.

I miss you est cependant un drama que j’ai beaucoup apprécié, tant par ses sujets abordés que par le jeu d’acteurs et les liens qui unissent les personnages. Même s’il est un peu long et tombe parfois dans le pathos, les retournements de situations suffisent au spectateur à le pousser à achever ce drama. Je le recommande à tous ceux qui veulent une histoire forte ; mais attention, vous aurez bien plus de larmes et de pincements aux cœurs, que de rires !

 

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I Miss You (Missing You /보고싶다 – Bogosipda) de Lee Jae-Dong.
Casting : Park Yoo-chun, Yuh Jin-goo, Yoon Eun-hye, Kim So-hyun,
Yoo Seung-ho, Ahn Do-kyun, Song Ok-sook, Oh Jung-se.
21 épisodes (70min/ép.) – de 2012 à 2013, Corée du Sud.
Licencié en France (Drama Passion)